La superpuissance des États-Unis : aspects et inscription dans l'espace mondial

Énoncé

La superpuissance des États-Unis : aspects et inscription dans l'espace mondial

Corrigé

Introduction
Depuis la fin de la guerre froide (1989), les États-Unis sont la seule superpuissance. Leur domination est économique, politique, militaire et culturelle. L'hégémonie états-unienne est une évidence, mais comment le « modèle américain » se manifeste-t-il et s'inscrit-il dans l'espace mondial ?
Dans une première partie, nous analyserons les bases de la puissance états-unienne, puis nous verrons comment cette puissance économique se traduit par une domination militaire et culturelle, et enfin nous verrons que l'espace économique des États-Unis est le monde.
I. Une puissance économique et financière
1. Le territoire états-unien : une des bases de la puissance
Les États-Unis possèdent un vaste territoire pourvu de deux façades maritimes qui permettent une large ouverture sur le monde. C'est un territoire riche en ressources naturelles : les grandes plaines constituent une immense région agricole et les Hautes Terres plus à l'ouest possèdent d'importants gisements de minerais et de ressources énergétiques. Le territoire des États-Unis est parfaitement maîtrisé : les transports routiers, fluviaux, ferroviaires, aériens, et les voies de communication sont des éléments fondamentaux de la puissance américaine.
2. Le poids de la première puissance économique mondiale
Les États-Unis détiennent une part essentielle de l'économie mondiale. Ainsi leur PIB (produit intérieur brut) est supérieur de 30 % à celui du Japon et de près de 50 % à celui de la France. Son industrie réalise à elle seule le quart de la production industrielle mondiale. Dans plusieurs secteurs, la domination états-unienne est incontestable. Ainsi dans le domaine aéronautique, neuf sociétés états-uniennes sont parmi les dix premières mondiales. La première d'entre elles, Boeing, couvre, malgré la concurrence d'Airbus, les deux tiers de la demande mondiale de long-courriers. Sur les cent premières multinationales, quarante ont leur siège aux États-Unis. Plus largement, les firmes multinationales états-uniennes contrôlent à travers le monde plus de dix mille filiales. Les services emploient les trois quarts de la population active et sont devenus le secteur-clé de l'économie. L'agriculture est la première du monde, les productions de céréales états-uniennes s'exportent dans le monde entier. Enfin, les États-Unis consacrent à la recherche les crédits les plus importants de la planète en valeur absolue, ce qui explique leur forte capacité d'innovation (informatique, OGM).
La puissance économique repose également sur le dollar, internationalement reconnu comme référence dans les échanges internationaux. Cette situation date de la fin de la Seconde Guerre mondiale et des accords de Bretton Woods en 1944. Plus de la moitié du commerce international s'effectue aujourd'hui en dollars. Autres institutions créées à Bretton Woods, le FMI et la Banque mondiale, dans lesquels les États-Unis ont un rôle dirigeant, sont également des instruments de la puissance américaine.
Transition
La puissance économique des États-Unis a pour conséquence une puissance diplomatique, militaire et culturelle.
II. La puissance militaro-politique et culturelle
1. Les États-Unis : « gendarme du monde »
Durant la guerre froide, les États-Unis se sont présentés comme les défenseurs du « monde libre » contre la menace de l'expansion soviétique. La disparition de l'URSS a laissé les États-Unis seuls gendarmes du monde. Ils disposent d'une formidable puissance militaire et réalisent 45 % des dépenses militaires mondiales (près de trois fois celles de l'Union européenne). Les effectifs des forces armées états-uniennes s'élèvent actuellement à environ 1,4 million d'hommes répartis non seulement sur le territoire états-unien mais aussi à travers le monde grâce à un réseau de bases en Europe (Allemagne, Italie) ou en Asie (Japon, Corée du Sud) principalement ; leur flotte contrôle tous les océans et les mers du monde. Cette puissance s'appuie sur un important dispositif d'alliances nouées au temps de la guerre froide dont, pour l'Europe, l'OTAN qui autour des États-Unis regroupe quasiment tous les pays européens et notamment la quasi-totalité des ex-démocraties populaires autrefois membres du Pacte de Varsovie.
2. Un modèle idéologique et culturel
Le modèle états-unien est fondé sur la propriété privée des moyens de production, le respect de la libre concurrence et la recherche du profit. Ce modèle du capitalisme libéral est le seul depuis la disparition du modèle soviétique. Depuis la fin de la guerre froide, le modèle états-unien a eu tendance à occuper tout l'espace autrefois occupé par le modèle soviétique à l'exception de Cuba et de la Corée du Nord. Si la Chine continue à se revendiquer politiquement d'un certain communisme, elle s'est convertie à l'économie capitaliste, dans sa variante la plus sauvage.
La culture joue un rôle essentiel, sans doute déterminant, dans la puissance mondiale états-unienne. Le modèle culturel états-unien est devenu le modèle dominant. S'appuyant sur la puissance industrielle et commerciale, la culture nord-américaine tend à se répandre dans le monde entier et à submerger toutes les aires culturelles avec sa musique, ses habitudes alimentaires (les fast-foods), ses modes vestimentaires (jeans, casquettes, etc.), ses paysages urbains (le Central Business District des métropoles), ses films, ses séries télévisées. Les principaux sponsors des événements sportifs mondiaux, symboles de l'universalité, tels les jeux Olympiques, sont des firmes américaines. Un des principaux vecteurs de ce modèle culturel est bien évidemment la langue anglo-américaine qui est devenue la langue internationale.
La force du modèle états-unien, c'est d'être devenu dans le monde entier synonyme de progrès, de modernité et de liberté. C'est une des raisons de l'attractivité des États-Unis. Cette attractivité existe depuis toujours. De nos jours, les flux d'entrées légales de migrants aux États-Unis représentent la moitié des entrées de toute la planète et cela sans compter les flux d'immigrants clandestins.
Transition
La puissance états-unienne est telle que le monde est devenu son espace économique
III. Une influence mondiale : aspects et limites
1. Un espace économique mondial
C'est certainement sur le continent américain que l'influence états-unienne est la plus importante. Depuis la doctrine Monroe (1823), les États-Unis considèrent le continent américain comme leur chasse gardée. Par l'ALENA, l'Accord de libre-échange des Amériques, les liens avec les deux pays frontaliers, Canada et Mexique, ont été renforcés. L'économie de ces trois pays est désormais très intégrée. L'ALENA a favorisé l'émergence de régions transfrontalières (schéma ci-après). Au nord, la « Main Street » qui s'étend du lac Michigan au Saint-Laurent regroupe 65 millions de personnes, canadiennes et états-uniennes, et les économies des deux pays sont très dépendantes l'une de l'autre ; au sud, l'intégration des économies mexicaine et états-unienne s'est traduite par le développement de villes jumelles (Nuevo Laredo/Laredo ; El Paso/Ciudad Juarez) et le développement, du côté mexicain, des maquiladoras (capitaux états-uniens et main d'œuvre mexicaine).
L'Europe reste le principal destinataire des investissements directs états-uniens et la région du monde la plus importante pour ses débouchés commerciaux.
L'Asie est un espace de production pour les États-Unis, où de nombreuses multinationales ont délocalisé leur production comme Nike dont tous les centres de production sont en Asie. L'Asie, qui est le continent le plus peuplé, intéresse les États-Unis comme marché potentiel. C'est la raison pour laquelle depuis 1993 les États-Unis ont intégré l'APEC, organisation économique pour promouvoir le libre-échange entre les États asiatiques et américains riverains du Pacifique.
2. Limites et résistances à la superpuissance états-unienne
Les États-Unis ont de multiples concurrents : l'Union européenne, le Japon et les NPIA. C'est dans le domaine agricole que les rivalités avec l'Europe sont les plus fortes, rivalités qui se traduisent par des bras de fer à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). À ces tensions agricoles, il convient d'ajouter les tensions liées à l'aéronautique, en particulier à la confrontation entre les deux géants du secteur : Boeing et Airbus. Dans le domaine de l'agriculture comme dans celui de l'aéronautique, États-Uniens et Européens se reprochent mutuellement des pratiques anticoncurrentielles. Par ailleurs, outre les rivalités avec les deux autres pôles de la triade, l'économie états-unienne présente une forte dépendance par rapport à l'étranger, que ce soit pour ses approvisionnements en pétrole ou pour son déficit commercial.
Les États-Unis doivent faire face à des résistances dans leur chasse gardée de l'Amérique latine. La création du Mercosur entre le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay apparaît comme une manifestation de méfiance à leur égard. Par ailleurs, le projet de ZLEA (extension de l'ALENA à toute l'Amérique latine), qui devait aboutir en 2005, a bien du mal à se mettre en place face à l'opposition emmenée par le président vénézuélien, Hugo Chávez. Celui-ci est à l'origine en 2005 de la création de l'Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA, « aube » en espagnol), projet soutenu par Cuba et la Bolivie du président indien Evo Moralès. L'ALBA se veut un projet alternatif à la ZLES et se prononce contre les suppressions des droits de douane prônées par le projet de ZLEA.
Le modèle libéral est contesté. Le libéralisme absolu a généré une opposition altermondialiste qui a organisé plusieurs manifestations mondiales mobilisant sur tous les continents une partie de l'opinion publique à travers des forums sociaux mondiaux dont celui de Porto Alegre au Brésil. Les États-Unis encourent de vives critiques à l'égard de leur refus de signer le protocole de Kyoto, accusés de ne pas agir contre la dégradation de l'environnement.
La puissance militaire états-unienne est défiée quotidiennement en Afghanistan depuis 2001 et en Irak depuis 2003. L'unilatéralisme états-unien est critiqué, un peu partout dans le monde y compris par une partie de l'opinion publique états-unienne qui reproche au président Bush d'avoir engagé le pays dans une guerre meurtrière et dont personne ne voit comment elle finira. Par ailleurs, les mesures prises pour lutter contre le « terrorisme international » après le 11 septembre 2001, tel le Patriot Act limitant les libertés individuelles, mettent à mal un modèle qui fait de la liberté son credo principal.
Conclusion
Les États-Unis sont certes depuis la fin de la guerre froide la seule superpuissance. Leur domination économique et financière leur permet une puissance politique, militaire et culturelle. Le territoire de la puissance états-unienne est devenu mondial. Mais les résistances et les limites de cette superpuissance font que l'on ne peut en conséquence parler d'hyperpuissance comme certains en défendent la thèse.